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Un roman de Mikaël
OLLIVIER, publié chez Thierry Magnier,
en 2002, dans la collection Roman.
Le lendemain de ses 17 ans, Clara croise Guillaume dans un kiosque, qui
achète les mêmes journaux qu'elle. C'est le coup de foudre. Ils se
rencontrent à nouveau dans son café, ne se quittent plus au lycée,
éprouvent leurs sentiments, vivent passionnément leur amour et leur
première expérience sexuelle.
Mais la veille, chez Clara, la fête familiale d'anniversaire est gâchée
par l'annonce de la fermeture brutale de l'usine de leur ville. Cette
usine qui fait vivre mille quatre cent personnes, dont la famille de
Clara : son père, sesloncles et tantes, les parents de ses amis et de
ses camarades du lycée. Le père de Clara est délégué syndical, il
emmène les ouvriers dnas une grève dure contre le patron de l'usine. Un
patron qui s'intéresse davantage aux cours de la bourse qu'au
patrimoine familial qu'est cette usine fondée par son grand-père et au
sort des ouvriers.
Tout à leur amour, Clara et Guillaume sont insensibles au chaos qui
s'installe autour d'eux. Ce n'est qu'après le passage des journalistes
que Clara et sa famille découvrent à la télévision qui est le père de
Guillaume. Leur amour est maudit, impossible à vivre. Ils tentent de le
sauver dans une ultime escapade, alors que déjà, il a perdu de sa
magie.
Chacun va vivre sa vie sans pouvoir jamais oublier l'autre...
Cette histoire de
passion ne peut que susciter des réactions passionnées, car le roman
est tout à la fois agaçant et ridicule, romantique et réaliste.
Que dans une ville, même assez importante, deux lycéens, même dans deux
niveaux du même lycée, ignorent à ce point la situation sociale de
leurs parents alors que la grève est lancée, est sans doute
invraisemblable.
Dès lors qu'on se focalisera sur cette invraisemblance, on ne pourra
que relever les aspects caricaturaux : l'excès de l'emprise des émois
de leur sexualité qui occulte la réalité quotidienne, le recours à la
pillule du lendemain et le pharmacien indélicat, le syndicaliste
totalement dévoué à la cause ouvrière, le patron autoritaire qui a les
yeux rivés sur le cours de la bourse, qui manage sa famille de la même
manière que son usine, sa femme qui endure tout par dévotion
amoureuse...
Mais si on est plutôt enclin à voir le drame de ces Roméo et Juliette
du 20e-21e siècle, on sera plus sensible à la description du coup de
foudre. A la vie de ces deux jeunes amants affolés par ce qui leur
arrive. A leur amour émerveillé qui les isole de la réalité. A tout cet
imprévu de la vie qui les emporte. Aux manipulations qu'ils subissent
lorsque la médiatisation du conflit social fait entrer la journaliste
indiscrète dans la vie privée des deux familles. A la présentation
manichéenne qui en est faite. A cette fatalité d'appartenir à des
catégories socio-professionnelles différentes, qui interdit au couple
d'avoir une longue et heureuse vie commune pour cause d'éducation, de
cultures et de valeurs trop éloignées. A la justesse des descriptions,
à la délicatesse de l'écriture. A la discrétion de l'auteur à propos de
leur première relation sexuelle "les détails de ce qui a
suivi ne regardent que nos mémoires". A la réaction du
grand-père qui ressent cette fermeture (...) comme une
trahison. Aux épilogues qui parlent du réalisme de la jeune
fille et de leurs façons de rester fidèles à cette époque fabuleuse de
leurs vies.
Même si je regrette l'excès caricatural des oppositions,
je ne regrette pas la lecture de ce livre romantique et réaliste tout à
la fois. Quelques questions aux lycéens de l'établissement dans lequel
je travaille me poussent à penser que l'ignorance de Clara et Guillaume
des situations socio-professionnelles de leurs parents n'est sans doute
pas si rare. La convivialité que les adolescents cultivent peut les
rendre aveugles sur une partie de leur monde proche, surtout familial.
Lecture facile. Pour garçons et filles de 13-14 ans et
plus.
© Jean TANGUY 18
mai 2003
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