Journal d'un sorcière
Un roman de Celia Rees,
édité au Seuil, en 2002
Traduit
de l'anglais.
Mary est une sorcière. A quinze ans, elle assiste au procès en sorcellerie de sa grand-mère. On l'a jetée à l'au, pieds et poings liés, et comme elle n'a pas flotté, on l'a déclarée sorcière. Elle a été exécutée. Mary a été immédiatement enlevée par de mystérieux ravisseurs, dont une femme qui a une dette vis-à-vis de sa grand-mère, et qui ne veut pas que Mary connaisse le même sort. Elle lui laisse un coffre, avec une lettre et de quoi écrire son journal.
En peu de temps, on la fait ressembler à une jeune fille bien élevée, une jeune fille qui peut passer inaperçue. Pour échapper à ceux qui brûlent les sorcières, il lui faut se réfugier au coeur même du groupe le acharné : les puritains. C'est l'endroit où personne ne pensera à la chercher. Au prix de quelques arrangements avec sa propre histoire, elle est accceptée par un groupe qui part pour le Nouveau Monde. Elle se lie avec Martha qui prend la jeune fille sous son aile.
Le voyage sur le bateau, est pénible. Les passagers sont le plus souvent dans la cale et souffrent de la promiscuité. Mary doit être vigilante, parce que le pasteur du groupe est très méfiant et superstitieux. Chaque événement est interprété comme un signe, ou, plus souvent, comme un danger, une indication de la volonté divine, parfois comme une malédaiction. Mais Mary observe les puritains, elle en déchiffre la personnalité. Et elle peut compter sur l'aide de quelques personnes avec qui elle noue une vraie amitié.
Arrivés sur le nouveau continent, les colons s'installent dans la forêt. La vie est dure. Il faut défricher, construire, se préparer à une rude hiver. Mary est curieuse de ce qui l'entoure. Alors que les puritains ont peur des Indiens qu'ils considèrent comme des sauvages, Mary les observe et se lie très vite avec l'un d'eux. Avec ce jeune Indien, en secret, elle parcourt la forêt, affinant sa connaissance des plantes. Elle vient au secours de Jonas, qui a eu un grave accident et trouve le moyen de le guérir. Elle aide aussi à d'autres guérison, à des accouchements. Dans la communauté, le pasteur est de plus en plus suspicieux.
Alors, Mary se résigne, elle coud chaque page de son journal dans une couverture en patchwork. Dans une communauté de puritains du 17e siècle, pour une femme comme elle, une sorcière, peut-il y avoir un avenir autre que le bûcher ?
Ne cherchez pas de ressemblance avec une série au fort succès dont le héros est un jeune sorcier, il n'y en a pas. D'une certaine façon ce n'est même pas une histoire de sorciers ou de sorcellerie,: il n'y a pas de sorts jetés, pas de potions magiques, pas d'actions télépathiques. Tout juste quelques onguents, la connaissance des plantes, une façon d'entrer en empathie avec autrui.
De plus, ce Journal d'un sorcière comporte un
long chapitre consacré au voyage en bateau vers les Nouveau Monde. Un voyage éprouvant dans une cale où une centaine de passagers vivent dans la plus grande promiscuité. Pendant le traversée, ils assitent à une aurore boréale, aussitôt interprétée par le pasteur puritain comme une vision de la Cité céleste, un présage de guerre, de fléau, de désastre... Mais Mary reste incrédule devant cette élucubration. Ce roman est un long plaidoyer pour l'ouverture d'esprit, la tolérance, la différence, la curiosité intellectuelle. Il dénonce l'obscurantisme des religions, quand elles refusent d'examiner le bien-fondé d'autres attitudes que les leurs, d'autres pensées, d'autres modes de vie.
La communauté des puritains n'est pas traitée de meilleure façon. Les hommes surtout sont intransigeants impitoyables, bornés. Leur lecture de la Bible est d'un fondamentaliste affligeant. Ils manquent totalement d'esprit critique. Débarquant sur une terre déja habitée et qui ne leur appartient pas, ils traquent et chassent les Indiens à cause de leur couleur de peau et de leur mode de vie nomade.
Lorsqu'ils arrivent à Salem, ils découvrent un Nouveau Monde qui n'est pas une terre d'abondance. Leur vie promet d'être austère. Les habitants les préviennent, mais les puritains ne les écoutent pas. Ils façonnent leur avenir selon les idées religieuses qui les conditionnent, ils ne savent pas tirer des leçons de l'expérience de ces gens.
Mary observe, réfléchit, accueille la nouveauté avec une bienveillance curieuse. Elle sait qu'elle a le don et qu'il peut servir pour aider et soulager les gens. Elle l'entretient, collectionnant les plantes. Elle se lie avec des Indiens et ne dédaignent pas d'apprendre d'eux les secrets de la nature.
Sa vison juste de la réalité, qu'elle consigne dans son journal intime, lui permettra d'échapper à la fureur aveugle des puritains. Tout au long du livre, elle aura souffert de l'intolérance de la part de ces gens bornés et à l'esprit étriqué. Cette situation ne changera, pas. Pour se garder en vie, elle devra s'exclure de ce groupe, fuir...
Les lecteurs confirmés seront à l'aise dans ce roman assez long et dense, aux nombreuses références historiques, au vocabulaire riche. Le lecteur sera ravi par les belles descriptions de la nature, quelques zestes d'une généreuse magie, les aventure de Mary, son courage et sa liberté, ainsi que sa loyauté envers son passé.
On espère que sa vie ne s'est pas arrêtée à la fin du roman...
© Jean TANGUY 11 août 2004
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